Ce matin là, il y avait ce silence étouffant. Les yeux de ma mère, d'ordinaire si pétillants, semblaient vides et avait presque prit une couleur translucide. Elle descendit l'immense valise rouge où étaient rangés les derniers souvenirs de notre passage à Denver. Depuis la mort de Papa elle paraissait perdue au beau milieu d'un cauchemar. Ce qui lui a valu de perdre son emploi a l'hôpital général de Denver. Elle décida donc de partir de notre petite maison pour « prendre un nouveau départ ». Alors que, durant près de deux mois, elle tenta, tant bien que mal, de retrouver un travail près de Denver, pour ne pas avoir à quitter une fois de plus une ville où je commençais à trouver mes repères. Cela allait faire trois ans que nous avions aménagés dans notre maison. Et bien que les débuts de notre vie à Denver n'aient pas étés formidables, aujourd'hui je pouvais compter sur de vrais amis, ma vie semblait stable et ma mère s'en réjouissait. Mon père voyageait souvent à cause de son travail, bien sûr je n'ai jamais vraiment su ce qu'il faisait et il n'a jamais essayé de m'expliquer car, selon lui « il ne valait mieux pas que je sache quoi que ce soit ». Ce qui, bien sûr, titilla ma curiosité plus d'une fois. Etant enfant, je m'imaginais que mon père était un de ces super-héros qui devait garder leurs identités secrètes. Mais ces visions de lui s'évanouirent très vite. Il nous a quitté il y a maintenant deux ans, tout s'était passé si rapidement. Selon ma mère « il ne se serait pas relevé d'un cancer qu'ils avaient essayé de me cacher ».
Nous partions donc à Orlando. Ma mère y aurait trouvé un emploi de sage-femme, et même si je m'en réjouissais pour elle, je ne trouvais pas la force de sortir de notre petite maison en brique rouge. Sur le porche, je regardais le grand vide que nous allions laisser derrière nous. J'y revois mes parents heureux le jour de notre arrivée à Denver, je trouvais presque ça irréel de les entendre dire « cette fois c'est bon, on va être bien ici ». Si j'avais su que trois ans après nous serions de nouveau sur le chemin du départ ...
Je ne pouvais pas me retourner, comme des mirages je revoyais la fête d'anniversaire que mes parents avaient organisé pour mes 16 ans. Et Sam qui sautait dans tout les sens, je revois son sourire et ses larmes le jour où je lui ai appris que je partais. Elle est ma meilleure amie, celle a qui j'ai osé tout dire et bien sûr celle avec qui j'ai partagé ma plus longue amitié.
Les parents de Sam travaillaient beaucoup et n'étaient pas très présents pour elle, ça doit être pour ça qu'elle est si mature pour son âge. Depuis mon premier jour au collège du quartier elle s'est montrée très présente pour moi et je tentais de lui renvoyer l'appareil. Elle m'a appris tant de chose sur l'amitié que je sais très bien que je ne pourrais jamais être à égalité avec elle.
